
Le capteur de pets dans le caleçon et la science qui se cache derrière
À quelle fréquence pétez-vous vraiment ? Une équipe de recherche américaine veut le découvrir grâce à un capteur placé dans les sous-vêtements. La technologie semble insolite, mais elle est censée combler une lacune dans la recherche sur le système digestif.
Il existe des inventions qui nous amènent inévitablement à nous demander : l'humanité en a-t-elle vraiment besoin ? Un capteur dans le sous-vêtement qui compte le nombre de fois où vous pétez, cela ressemble au premier abord à l'une de ces idées superflues. Un examen plus attentif montre cependant que l'appareil pourrait combler une véritable lacune dans la recherche.
Pourquoi les flatulences peuvent être médicalement intéressantes
Quiconque a déjà souffert de ballonnements ou de douleurs abdominales dues à un ventre gonflé sait à quel point cela peut être désagréable et douloureux. La production de gaz dépend, entre autres, de l'alimentation, de la digestion, du stress et de l'activité des microbes intestinaux. Cependant, la mesure dans laquelle les flatulences renseignent réellement sur la santé intestinale reste largement inexpliquée. Les données de mesure et les valeurs de comparaison font défaut ; le sujet est trop embarrassant et les protocoles expérimentaux associés étaient jusqu'à présent trop inconfortables.
Ainsi, il manque encore aujourd'hui une valeur normale fiable. Le nombre de fois où les gens pètent réellement au quotidien a surtout été estimé jusqu'à présent, et a probablement été sous-estimé en raison de journaux de bord incomplets, notamment la nuit.
Une équipe de recherche veut rendre le tabou mesurable
Une équipe dirigée par le biologiste cellulaire Brantley Hall de l'Université du Maryland souhaite combler cette lacune. Hall et son équipe ont développé un capteur portable destiné à permettre une mesure à long terme des gaz intestinaux au quotidien. Selon les chercheurs, il s'agit du premier appareil portable spécifiquement conçu pour cette mesure.
Les chercheurs en flatulences veulent ainsi répondre à des questions jusqu'ici non résolues : dans quelle mesure les individus diffèrent-ils dans leur production de gaz intestinaux ? Quelle est l'influence des différents repas ? Et pourquoi certains peuvent-ils tolérer une alimentation riche en fibres avec peu de désagréments, tandis que d'autres réagissent rapidement par des ballonnements ?
Comment fonctionne le capteur de pets
Dans son étude de faisabilité publiée fin 2025, l'équipe a d'abord testé si le capteur pouvait être porté et évalué de manière fiable au quotidien. L'appareil, de la taille d'une pièce de monnaie, contient un capteur électrochimique. Il détecte l'hydrogène qui s'échappe avec les gaz intestinaux et enregistre l'heure et l'intensité des signaux de mesure. Le gaz est produit lorsque les bactéries intestinales fermentent certains glucides et fibres alimentaires. Les valeurs mesurées indiquent ainsi quand les microbes intestinaux fermentent et à quel point cette activité augmente après un repas.

Source : Botasini et al., Biosensors and Bioelectronics: X (2025), Abb. 1.
19 adultes en bonne santé ont porté l'appareil pendant une semaine, en moyenne plus de onze heures par jour. Il a enregistré en moyenne 32 événements de gaz intestinaux par jour, avec des valeurs individuelles très variables, allant de quatre à 59. Les estimations précédentes tablaient sur un nombre nettement inférieur (environ 14 pets par jour en moyenne). Dans une deuxième expérience avec 38 personnes, la production d'hydrogène mesurée a augmenté après que les sujets ont reçu de l'inuline, une fibre prébiotique. L'expérience a montré que le capteur peut rendre visibles les réactions des microbes intestinaux à l'alimentation en dehors d'un laboratoire.

Source : University of Maryland
Prochaine étape : l'atlas des pets
Avec le «Human Flatus Atlas», l'équipe souhaite désormais transformer la petite étude pilote en une étude quotidienne plus vaste : 500 adultes en bonne santé doivent porter le capteur pendant trois jours, au moins douze heures par jour, et documenter leurs repas. Ces données devraient permettre d'établir une première base de comparaison, aidant à mieux classer les valeurs de mesure individuelles à l'avenir. Ce n'est qu'alors qu'il sera possible de vérifier de manière fiable si certains modèles sont plus fréquents chez les personnes souffrant de ballonnements ou du syndrome du côlon irritable.
Pas encore un bilan intestinal à domicile
Pour l'instant, le sous-vêtement intelligent est avant tout un outil de recherche. Cependant, les données pourraient un jour aider les médecins à mieux classer certains symptômes. En combinaison avec des journaux alimentaires, des protocoles de symptômes et d'autres examens, il serait possible de suivre la réaction de l'intestin après certains repas et de voir si des modèles récurrents apparaissent. Cela serait particulièrement intéressant pour les personnes qui souhaitent manger des fibres mais qui réagissent par des ballonnements sévères ou des douleurs abdominales.
D'ici là, la prudence est de mise face aux grandes promesses. Aucun diagnostic ne peut être déduit du nombre de flatulences. Un capteur ne détecte ni le côlon irritable, ni l'intolérance au lactose, ni la maladie cœliaque, ni aucune autre cause de troubles digestifs. Une grande quantité de gaz peut être tout à fait normale, par exemple lorsque les bactéries intestinales traitent des aliments riches en fibres.

Source : University of Maryland
Le capteur n'est de toute façon pas encore disponible pour un usage quotidien. Les chercheurs ont déposé un brevet pour cette technologie et ont fondé ensemble l'entreprise Ventoscity, qui souhaite développer et commercialiser le capteur. Il reste à voir si cela deviendra un jour un dispositif médical, un outil pour les études nutritionnelles ou un appareil portable pour les consommateurs.
Rédactrice scientifique et biologiste, j’adore les animaux et je suis fascinée par les plantes, leurs capacités et tout ce qu’on peut en faire. C’est pourquoi j’aime être à l’extérieur, de préférence quelque part dans la nature ou dans mon jardin sauvage.
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