

Koï à l’essai : un magnifique jeu de création d’étang aux multiples facettes
Les éléments charmants de Koï donne l’impression d’un jeu simple. Pourtant, la boîte renferme un jeu de société stratégique qui exige de la concentration. Je vous explique dans cet article pourquoi je l’apprécie.
Le montage me demande beaucoup de persévérance. Je dois extraire péniblement plus de 250 petites plaques, pièces et décorations des disques en carton découpés, puis les assembler. Les 21 poissons colorés, imprimés sur des plaquettes en acrylique transparent, sont certes ce que je préfère, mais je dois retirer un film protecteur à l’avant et à l’arrière de chaque Koï. C’est agaçant.

Rien que pour les préparatifs avant la première partie, il me faut au moins une demi-heure. La lecture du livret de règles de 15 pages prend encore autant de temps.
Je me rends compte que, malgré son aspect ludique, son décor de bassin et ses carpes koï, ce jeu n’est pas une partie de plaisir, mais un titre destiné aux joueurs et joueuses chevronnés à partir de 12 ans.
Une vie consacrée à la méditation ou au travail
Heureusement, le principe du jeu est nettement moins compliqué. Le but est d’aménager mon étang de manière à ce qu’il rapporte plus de points de victoire que les projets des autres joueurs et joueuses. Pour cela, à chaque tour, je dois choisir entre deux actions : « méditer » ou « travailler ».
Méditer : je prends l’une des cartes Action posées sur l’une des cinq cases. Selon l’emplacement de la carte, je reçois en échange des pièces, des tuiles « étang » ou la possibilité d’utiliser mon argent pour acheter un Koï. Les cartes elles-mêmes ont également un effet : certaines agrandissent mon stock et d’autres me fournissent du matériel. Les cartes « assistants », qui me sont utiles dans la deuxième variante de jeu, sont également importantes.
Travail : les tuiles « étang » que je reçois en méditant sont placées dans mon stock. Grâce à ce tour, je peux désormais agrandir mon étang, qui se compose au départ des cinq cases « source ». Je ne peux toutefois placer qu’une seule tuile, sauf si je dispose d’assistants. Ceux-ci me permettent chacun d’effectuer une action supplémentaire, de sorte que, dans le meilleur des cas, je peux vider entièrement mon stock en un seul tour si je dispose de plusieurs assistants.

Tout rapporte des points
Le principe de ce jeu est simple : chaque action rapporte des points de victoire à la fin, mais je dois choisir la stratégie qui me mènera au triomphe.
Je peux par exemple me concentrer sur un étang contenant le plus grand nombre possible de carpes koï. Je les place à côté de nénuphars et je veille à ce qu’il y ait des tuiles « eau » tout autour, car cela me rapporte des points supplémentaires. Ou bien j’aménage la rive avec des lanternes et j’empoche alors des points de victoire pour un cours d’eau aussi long que possible juste devant la lanterne.
Pour que personne ne s’ennuie, il reste encore trois missions supplémentaires à accomplir. Si je remplis certaines conditions, comme par exemple aligner trois nénuphars côte à côte, je gagne automatiquement des points de victoire supplémentaires.
Lorsque toutes les cartes ont été jouées ou que toutes les carpes koï ont été placées, la partie se termine et tous les points de victoire sont comptabilisés. C’est tellement complexe que l’éditeur a joint un bloc de calcul pré-imprimé. Je trouve ça bien, car ainsi, on n’oublie rien.

Ce concept de jeu présente des avantages et des inconvénients. Koï offre de la variété et chaque partie est différente. En effet, les cartes sont révélées dans un ordre différent à chaque fois et trois des dix missions supplémentaires sont choisies au hasard. Cependant, les joueuses et joueurs doivent être capables de s’adapter avec souplesse à cette situation et en avoir envie. Ceux et celles qui construisent sans stratégie (ou qui s’accrochent trop obstinément à un plan) se retrouvent rapidement frustrés.
Une fois que tout le monde a franchi cette courbe d’apprentissage, les parties sont bien équilibrées, palpitantes jusqu’à la fin et si serrées que tout le monde attend déjà avec impatience la prochaine manche.
L’embarras du choix
En réalité, les joueuses et joueurs n’interagissent que très peu entre eux. Chacun agrandit son étang de son côté et ce n’est que lorsque d’autres vous chipent la carte convoitée sous le nez qu’il y a un peu de confrontation. Pourtant, je n’ai jamais l’impression de jouer seul. En effet, comme je ne peux effectuer qu’une seule action à la fois, le jeu passe rapidement d’un joueur à l’autre.
L’équipe d’auteurs et d’autrices a d’ailleurs joint des règles légèrement modifiées pour une partie en solo. Il faut alors essayer de récolter le plus de points de victoire possible, tout seul. Cette variante me plaît également beaucoup et est presque méditative, si l’embarras du choix ne m’occupait pas constamment l’esprit.
C’est d’ailleurs précisément ce qui peut décourager, lors des parties d’essai, celles et ceux qui ne jouent pas régulièrement à des jeux de stratégie. Les nombreuses façons de marquer des points impliquent également beaucoup de cartes, de tuiles et d’éléments décoratifs. Même lorsque les règles sont expliquées, les débutants se retrouvent désemparés face à cette montagne de matériel, aussi belle soit-elle.
J’ai beaucoup apprécié cette combinaison entre un thème léger et un jeu de stratégie et de construction exigeant. Koï est un régal pour les yeux, mais il fait aussi travailler les méninges.

D’ailleurs, même les joueuses et joueurs expérimentés seront agacés par la conception de la boîte. Les éditions Kosmos se contentent de tout fourrer dans une boîte et d’y ajouter quelques sachets en plastique, mais ceux-ci sont loin d’être suffisants pour contenir toutes les pièces, ce qui m’oblige à les chercher péniblement à chaque fois que je commence une partie. De plus, les décorations assemblées ont tendance à se défaire facilement et tout le matériel tient à peine dans la boîte.
J’aurais volontiers payé quelques francs de plus pour obtenir une boîte dotée de compartiments pour toutes les pièces, qui servirait également de réserve pendant la partie. Ainsi, le montage et le démontage prennent trop de temps.

Bilan
Aménagement d’étangs pour les utilisatrices et utilisateurs avancés
Le thème est trompeur : le koï n’est pas seulement un art des jardins propice à la méditation, mais aussi un travail stratégique pour les logisticiens et les planificateurs. Celles et ceux qui aiment ce genre de jeux apprécieront la belle présentation. Les poissons imprimés sur des plaquettes en acrylique, en particulier, sont un régal pour les yeux.
Les parties se déroulent toujours différemment et sont souvent très serrées à la fin. En effet, on marque des points de victoire pour presque tout : parfois, la construction d’un étang avec beaucoup de poissons s’avère plus prometteuse, parfois c’est celui qui se jette sur les décorations bonus qui remporte la partie.
On retire des points pour les défauts du concept de boîte et parce que la barrière d’accès est assez élevée pour les amateurs de jeux de société peu expérimentés. Si vous persévérez pendant les premières parties, vous découvrirez un jeu de construction de civilisation agréable, équilibré et captivant.
Pro
- joli matériel
- un thème cohérent
- grande variabilité des parties
- bien équilibré
Contre
- boîte trop petite
- le montage et le démontage prennent trop de temps
- niveau élevé

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