
Point de vue
Les 5 ans de la PlayStation 5 : pour le meilleur et pour le pire
par Rainer Etzweiler

Par le passé, Sony était bien plus audacieux avec ses jeux PlayStation. Aujourd’hui, les blockbusters AAA ne laissent pratiquement plus de place aux jeux expérimentaux. Des titres comme « God of War : Sons of Sparta » me donnent l’espoir que Sony pourrait amorcer un changement de cap.
Lors du dernier State of Play, Sony a fait sensation avec une sortie surprise. God of War : Sons of Sparta, spin-off rétro de God of War, est sorti peu après l’événement, mettant en lumière l’histoire de Kratos en tant que jeune guerrier de Sparte.
J’adore ce genre d’expériences insolites. God of War : Sons of Sparta me replonge avec nostalgie dans une époque où la plateforme PlayStation était nettement plus audacieuse. Ce titre fait germer l’espoir que Sony pourrait s’inspirer de Nintendo à l’avenir.
J’adore les jeux PlayStation. De nombreuses exclusivités Sony figurent parmi mes jeux préférés de tous les temps. Malgré une qualité constante, je ne suis pas pleinement satisfait. La production de Sony paraît trop prudente et prévisible. L’entreprise enchaîne certes les succès, mais n’ose pratiquement plus expérimenter.

Qu’il s’agisse de The Last of Us, de Ghost of Yotei ou d’Horizon, les blockbusters solo de Sony partagent tous le même ADN. On a l’impression que l’entreprise a créé un genre à part entière avec son catalogue d’exclusivités. Comme si toutes les exclusivités PlayStation avaient le même cahier des charges :
Avec cette formule à succès frileuse, Sony sort des blockbusters calibrés pour plaire au plus grand nombre. Des productions de prestige qui raflent tout aux Game Awards et renforcent ainsi le rayonnement de la marque PlayStation.
Tout cela est bien beau, mais où est passée la diversité ?

La diversité, c’était autrefois, au bon vieux temps des générations PS1, PS2 et PS3. J’y repense avec nostalgie. Jeux de plateforme (Jak & Daxter, Sly Cooper, Ratchet & Clank), jeux musicaux (Parappa the Rapper, Vib-Ribbon), expériences décalées (Fat Princess, LocoRoco, Tokyo Jungle), il y avait de tout.
Il n’existait pas de genre PlayStation établi, pas d’ADN commun. PlayStation était autrefois une pochette-surprise imprévisible, soit tout le contraire de l’usine à blockbusters averse au risque qu’elle est devenue.
Le virage progressif de Sony vers ce genre PlayStation frileux s’explique avant tout par la nature impitoyable du marché AAA. Les progrès technologiques entre générations de consoles font grimper les coûts de développement de manière exponentielle. Résolutions plus élevées, modèles plus détaillés et effets gourmands en calcul exigent toujours plus d’argent, de temps et de ressources.
Même les blockbusters les plus ambitieux de l’ère PS1 ne coûtaient que quelques millions de dollars et leur développement durait un à deux ans. À titre de comparaison, un hit PS5 comme Spider-Man 2 a coûté environ 300 millions de dollars et a nécessité plus de cinq ans de développement.

En se positionnant en première ligne de la course technologique face à la concurrence sur consoles et PC, Sony a cherché à produire blockbuster sur blockbuster. En fin de compte, la PlayStation est victime de ses propres exigences.
Chaque nouveau jeu cherche à être encore plus spectaculaire, plus grand et plus cher que le précédent et tirer le maximum du matériel actuel, prouvant que la PlayStation est la meilleure plateforme. Avec des budgets de production et des durées de développement aussi démesurés, il n’y a tout simplement plus de place pour l’expérimentation dans l’univers de Sony. Chaque coup doit porter, sous peine de pertes financières colossales.
Un cercle vicieux dont il semble impossible de sortir. Ou peut-être que si ?
J’aimerais que Sony s’inspire de la stratégie actuelle de Nintendo. L’entreprise japonaise publie des jeux dans une variété de genres impressionnante. Les fans de la Switch ont régulièrement droit à des jeux de plateforme, des jeux de course, des jeux de combat, des action-aventures, des RPG exclusifs, et j’en passe.
La pochette-surprise de Nintendo se distingue par la grande variété de genres proposés, mais aussi par les écarts considérables en termes d’envergure de production. Entre deux grosses sorties, l’entreprise publie aussi des titres plus modestes ou expérimentaux. Cette diversification apporte de la variété, tout en réduisant le risque d’éventuels flops.

L’origine du catalogue varié d’exclusivités de Nintendo réside dans la stratégie matérielle de l’entreprise. Plutôt que de participer à la coûteuse course technologique, Nintendo mise sur l’innovation depuis la Wii. La pression du blockbuster s’en trouve naturellement allégée. Un jeu Nintendo n’a pas à repousser les limites en matière de graphismes, de mise en scène et de budget de production.
Grâce à cette approche, Nintendo reste à bonne distance des chaînes du coûteux marché AAA. Sur la Switch 1, l’entreprise a sorti plus de 100 jeux exclusifs, dont 84 (!) se sont vendus à plus d’un million d’exemplaires (en anglais). Des chiffres dont les autres éditeurs, Sony compris, ne peuvent que rêver.

Au vu de ses propres franchises, Sony a toutes les cartes en main pour suivre l’exemple de Nintendo et se libérer du carcan du blockbuster qu’il s’est lui-même imposé. De nombreuses franchises PlayStation prometteuses sont en jachère ou n’ont jusqu’ici été déclinées qu’en productions AAA hors de prix, alors qu’elles se prêteraient parfaitement à des déclinaisons plus modestes et expérimentales.
Pour exploiter le potentiel considérable de sa propriété intellectuelle, Sony doit oser revoir ses exigences d’envergure de production et de contenu envers les exclusivités, malgré un matériel premium onéreux. Si chaque titre n’a plus à démontrer que la PlayStation est le nec plus ultra des consoles, il restera davantage de place pour faire des expériences.
Le moment n’a jamais été aussi propice à un changement de cap. Ces dernières années, les titres indépendants expérimentaux dominent en effet bien souvent le débat vidéoludique davantage que les grosses sorties AAA des éditeurs renommés. Des projets comme God of War : Sons of Sparta font naître en moi l’espoir que Sony a compris l’air du temps et saura se défaire des chaînes qu’il s’est lui-même forgées.

God of War : Sons of Sparta illustre parfaitement ce que j’attends de Sony. Avec ce prequel, une franchise AAA pesant des millions se réinvente sous la forme d’un petit projet indépendant.
Graphismes rétro façon PS1, gameplay de metroidvania classique, contenu de taille raisonnable. Il constitue un petit en-cas qui fait patienter en attendant le prochain gros épisode de God of War.

Le jeu n’est pas parfait. Je trouve la maniabilité au stick analogique trop imprécise, les mouvements de Kratos trop simplistes pour un metroidvania, et l’histoire interrompt sans cesse l’action avec des cinématiques superflues.
Malgré ces faiblesses, je suis content que ce jeu existe et j’espère que les fans de PlayStation se l’arracheront, envoyant ainsi le bon signal à Sony pour l’avenir.

Ce qui me donne aussi espoir, c’est que Sony a sorti ces dernières années d’autres projets qui laissent entrevoir un changement de philosophie. Astro Bot a connu un tel succès que Sony a déclaré qu’il s’agissait d’une « étape importante vers un catalogue de jeux plus diversifié ». Sony a également indiqué vouloir se concentrer davantage sur les jeux familiaux à l’avenir. Lego Horizon Adventures, sorti l’année dernière, constituait aussi un pas dans la bonne direction, même s’il n’a pas totalement convaincu sur le plan du contenu. Reste à espérer que le prochain épisode multijoueur Horizon Hunters Gathering saura s’inscrire dans la lignée des spin-offs réussis, malgré ses ambitions de jeu en tant que service.
Chère PlayStation, continue à oser. Ce n’est pas grave si chaque jeu ne révolutionne pas le genre et ne coûte pas des centaines de millions de dollars. J’ai hâte de découvrir de nouvelles expériences et j’imagine déjà à quoi pourrait ressembler un jeu de stratégie God of War, un jeu de course Horizon ou un jeu de plateforme Ghost of. Ou pourquoi pas un revival ? Syphon Filter, Ape Escape ou Loco Roco mériteraient bien une seconde chance, depuis le temps. Mon portefeuille est prêt, la balle est dans ton camp.
« God of War : Sons of Sparta » est disponible sur PS5. Le jeu m’a été fourni par PlayStation à des fins de test.
Ma passion pour les jeux vidéo s'est éveillée au jeune âge de cinq ans avec la Gameboy originale et a grandi à pas de géant au fil des ans.
Vous lirez ici une opinion subjective de la rédaction. Elle ne reflète pas nécessairement la position de l’entreprise.
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