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Lego
Point de vue

LEGO prône l’inclusion, mais c’est la communauté qui prend les devants

Ramon Schneider
10/4/2026
Traduction : Sophie Boissonneau

LEGO aime présenter ses briques comme des jouets pour tout le monde. Or, dans le secteur des jouets de construction, cela a longtemps relevé davantage du vœu pieux que de la réalité. L’histoire de Matthew Shifrin, un amateur de LEGO aveugle, montre clairement le retard du groupe dans la prise en compte de l’accessibilité.

Un portrait récent de l’Associated Press raconte l’histoire de Matthew Shifrin, originaire du Massachusetts. Il est aveugle et a développé des notices accessibles pour plus de 540 sets LEGO avec l’association Bricks for the Blind. L’article n’est pas une simple histoire sur l’initiative personnelle, mais un miroir embarrassant pour LEGO.

En effet, la marque tient à son image de créatrice de jouets universels destinés à tous et toutes. « Tout le monde peut s’amuser à construire des sets LEGO, quels que soient son âge ou ses capacités », peut-on par exemple lire sur le site internet de la marque. Il est ainsi d’autant plus frappant de constater qu’en pratique l’expérience de construction était en fait exclusivement conçue pour les personnes voyantes.

Le fait qu’un fan aveugle a d’abord dû montrer à quoi ressemblerait réellement une architecture accessible à tout le monde – j’insiste sur tout le monde – montre bien que quelque chose ne va pas dans la perception que le groupe a de lui-même.

Matthew Shifrin montre que les LEGO peuvent aussi être accessibles au-delà des instructions illustrées classiques.
Matthew Shifrin montre que les LEGO peuvent aussi être accessibles au-delà des instructions illustrées classiques.
Source : Lego

Un jouet pour tous et toutes, sauf les personnes malvoyantes

Depuis des décennies, l’architecture LEGO repose sur les couleurs, les perspectives, de petits détails et des instructions illustrées sans texte explicatif. Pour beaucoup, c’est intuitif, mais pour les personnes malvoyantes et aveugles, c’est un véritable obstacle. C’est précisément là que se manifeste le fossé entre les ambitions de LEGO et la réalité de ses notices.

Matthew Shifrin décrit le problème de manière très concrète. Enfant, il adorait les LEGO, mais ne pouvait en construire qu’avec l’aide de quelqu’un. Ce n’est que lorsqu’une amie lui a rédigé des instructions en braille qu’il a pu construire tout seul. C’est ainsi qu’est née l’initiative Bricks for the Blind, dont le principe est simple : les instructions de montage illustrées sont converties en texte pouvant être lu en braille ou à l’aide d’un lecteur d’écran. LEGO aurait dû y penser bien plus tôt.

À gauche, les instructions illustrées classiques ; à droite, la version textuelle de Bricks for the Blind.
À gauche, les instructions illustrées classiques ; à droite, la version textuelle de Bricks for the Blind.
Source : Bricks for the Blind

Le mouvement est né de la communauté

LEGO n’a réagi qu’après que Matthew Shifrin a mis le doigt sur le problème et proposé une solution en lançant en 2019 un projet comprenant quelques notices audio et en braille. À l’époque, la marque avait alors déclaré (en anglais) qu’une mise en œuvre à plus grande échelle ne serait possible qu’avec une nouvelle technologie d’IA.

Le groupe propose désormais une plateforme officielle proposant des instructions en format audio et en braille. Sept ans après le lancement du projet, 131 guides y sont actuellement disponibles. Au regard de l’ambition initiale de LEGO de rendre toutes les nouvelles sorties accessibles, l’offre semble encore étonnamment limitée.

En dehors des instructions accessibles, la fondation LEGO a créé le programme LEGO Braille Bricks en 2020. Ce dernier vise à distribuer des kits pédagogiques adaptés à des organismes dévolus à l’enseignement pour les enfants malvoyants. C’est une bonne initiative, loin de moi l’idée de minimiser cela, mais ça ne dédouane pas LEGO de faire des efforts sur le reste.

LEGO Le plaisir de jouer avec des briques en braille
LEGO
Remise quantitative
EUR6,90

LEGO Le plaisir de jouer avec des briques en braille

L’accessibilité n’est pas une option

Les grandes marques continuent de considérer l’accessibilité comme un simple bonus qu’elles n’ajoutent que lorsque la pression devient trop forte. Elles ne les considèrent pas comme un principe faisant partie intégrante du produit dès le départ.

Les chiffres publiés par la radio WBUR montrent à quel point la solution officielle reste encore limitée. Selon ces informations, LEGO publie actuellement une vingtaine de modèles accessibles par an. C’est mieux que rien, mais pour un groupe qui parlait déjà d’automatisation en 2019, cela reste tout de même très peu. Alors qu’une initiative communautaire rend simultanément accessibles des centaines de sets, le rythme adopté par les responsables officiels ne donne pas l’impression de mener la marche, mais plutôt d’échapper au mieux à la voiture-balais.

 Des instructions audio et en braille aident à assembler les sets LEGO de manière plus autonome.
Des instructions audio et en braille aident à assembler les sets LEGO de manière plus autonome.
Source : LEGO

Sans compter que des instructions accessibles ne font pas tout : « Les personnes aveugles ont encore souvent besoin de l’aide de personnes voyantes pour trier les briques », explique Matthew Shifrin. Dans certains cas, on peut avoir recours à des applications capables de reconnaître les composants grâce à l’IA. Quelques instructions audio ou en braille par-ci par-là ne suffisent pas à garantir l’accessibilité, il faut prendre l’ensemble de l’expérience en compte. On ne peut vraiment dire qu’une entreprise ne prend les choses au sérieux que lorsqu’elle s’attache à éliminer systématiquement les obstacles tout au long du parcours utilisateur, et non pas seulement à résoudre une partie du problème.

On avance, mais on a encore un train de retard

L’histoire de Matthew Shifrin est donc bien plus qu’un simple cas isolé inspirant. Elle illustre une tendance que l’on retrouve dans de nombreux secteurs. Les personnes exclues d’un produit mettent en évidence ses faiblesses, élaborent des solutions et peuvent ainsi faire pression sur les entreprises. Et c’est ensuite que viennent les beaux discours sur les efforts et les progrès du fabricant.

La bonne nouvelle, c’est que les choses commencent à bouger. La mauvaise, c’est que LEGO a attendu qu’un fan prenne les choses en main. Il est inacceptable qu’une marque qui se présente comme accessible attende que sa clientèle prenne les devants et trouve des solutions pour que la question de l’accessibilité soit prise au sérieux. C’est précisément pour cette raison que cette histoire n’est pas une histoire réconfortante, mais un véritable camouflet pour l’image que LEGO a d’elle-même.

Photo d’en-tête : Lego

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