
Critique
Un chef-d'œuvre visuel : "MIO : Memories in Orbit" (Mémoires en orbite)
par Kevin Hofer

« Romeo is a Dead Man » est un trip sous LSD sanglant à travers l’espace et le temps. Le nouveau jeu de Suda51 enthousiasme par son style absurde sans pour autant réinventer la roue.
Romeo est policier dans une petite ville de Pennsylvanie et amoureux de Juliette. Mais il est aussi Marty McFly, Starlord, RoboCop et Kamen Rider. Ah, et il est mort.
Ou plutôt, à moitié mort.
Son grand-père, arrivé du futur et qui ressemble étrangement à Doc de Retour vers le futur, l’en a sauvé. Pour ce faire, il a couvert la moitié du visage de Roméo d’un masque et lui a offert un bras robotique ainsi qu’une veste de baseball à son effigie. Désormais, Roméo recherche sa Juliette à travers l’espace et le temps pour le FBI afin de mettre fin aux agissements des méchants qui voyagent dans le temps et de détruire l’origine du déplacement de l’espace-temps.

L’histoire est encore plus déjantée qu’il n’y paraît. Si vous avez aimé les précédents jeux de Goichi Suda (également connu sous le nom de Suda51) vous allez adorer Romeo is a Dead Man, un jeu bruyant, sanglant et trash. Derrière cette façade criarde se cache un jeu d’action moyen aux performances et aux graphismes médiocres de la dernière génération de consoles. Et pourtant, c’est par sa folie que Romeo a réussi à m’emporter.
La ville de Deadford (qui rappelle beaucoup Twin Peaks) sert de décor terrestre à notre voyage. Le shérif adjoint Romeo Stargazer (et non Starlord) fait régulièrement le même cauchemar : en patrouille il découvre un corps sans vie gisant au milieu de la route. Celui-ci se révèle être tantôt son grand amour, Juliette, tantôt un zombie en décomposition, ou encore Roméo lui-même. De l’un de ces cauchemars, Roméo émerge en tant que cyborg armé d’une épée et d’un flingue, combattant sans cesse de nouvelles mutations de sa chère Juliette.

Me voilà parcourant l’espace aux commandes du « Last Night », mon vaisseau spatial. J’ignore pourquoi son deck ressemble à un JRPG de Super Nintendo, ni pourquoi je dois jouer à Pong pour trouver de nouveaux emplacements ou traverser un labyrinthe comme Pac Man pour obtenir des améliorations. Toujours est-il que tout cela est très mignon.
Je finis par revenir sur terre en passant par des failles temporelles qui m’emmènent notamment dans un centre commercial en 1983. Les rangées de zombies que je dois tuer me rappellent L’Armée des morts. Ici, il y a aussi de vieux téléviseurs cathodiques qui me permettent d’accéder à un monde parallèle tout droit sorti de l’univers Tron. Pour réapparaître à l’autre bout du monde réel, je dois résoudre des puzzles de plateforme assez simples. À la fin de ces niveaux, une sorte de mutant délicieusement bizarre m’attend en guise de boss.

Lors des pauses, je peux m’improviser jardinier sur le vaisseau spatial et faire pousser des zombies appelés « bâtards » qui pourront ensuite m’aider lors des combats en ralentissant le temps ou me servant de protection. Cela permet d’arriver à des combos sympas, comme ralentir le temps, puis faire tirer des rayons laser dans toutes les directions tout en bastonnant pour charger mon attaque de sang qui donne une puissance illimitée à mes armes. C’est un assaut redoutable qui ne s’obtient qu’en massacrant suffisamment d’ennemis pour obtenir leur sang.
En tant que jeu vidéo, Romeo is a Dead Man n’est pas franchement une révélation. Les séquences de combat sont trop simples et les ennemis manquent de diversité. C’est surtout les niveaux racontés à la manière d’épisodes (y compris le générique final) qui se distinguent et réservent des surprises. Mais après 18 heures de jeu, ça n’a pas suffi pour me donner envie de lancer une « Nouvelle partie+ ».
C’est aussi parce que les graphismes de Romeo sont restés bloqués à l’époque de la PlayStation 4. J’ai testé le jeu sur PlayStation 5 et PlayStation 5 Pro où j’ai été quasiment obligé de jouer en mode Performance, car le mode Qualité est incapable de dépasser les 30 images par seconde. C’est surtout l’éclairage qui différencie les deux modes, on le constate tout particulièrement dans le centre commercial. Les textures sont délavées aussi bien dans le mode Qualité que dans le mode Performance et les objets qui apparaissent ou changent constamment empêchent de profiter du jeu. J’ai également eu droit à des framedrops à plusieurs endroits, notamment lors du passage d’une pièce ou d’une zone à une autre. En bref, des problèmes typiques de l’Unreal Engine 5.

Malgré tous les problèmes graphiques et le gameplay répétitif, la superstructure artistique est là pour sauver le jeu. Je n’ai jamais vu un tel feu d’artifice créatif de styles artistiques au sein d’un même jeu : graphismes en pixels, bandes dessinées, séquences d’anime, kaléidoscopes mandala... Trash sanglant et références pop à gogo : je ne boude pas mon plaisir.
« Romeo is a Dead Man » est sorti le 11 février 2026 sur PlayStation 5, Xbox et PC. La version PS5 m’a été mise à disposition par Grasshopper Manufacture.
Romeo is a Dead Man est un jeu de baston moyen avec quelques faiblesses techniques. C’est surtout par son concept artistique qu’il brille. Dialogues trash, cinématiques délirantes et références pop déjantées donnent à ce jeu toute sa saveur.
En revanche, si vous êtes à la recherche d’une profondeur de jeu et de graphismes impeccables, je vous conseille de passer votre chemin. Personnellement, je me suis beaucoup amusé et donne donc à cette chevauchée infernale une note plus élevée qu’elle ne le mérite. Mais je vous aurais prévenus !
Pro
Contre
Lorsque j’ai quitté le cocon familial il y a plus de 15 ans, je n’ai pas eu d’autre choix que de me mettre à cuisiner pour moi. Cela dit, il ne m’aura pas fallu longtemps avant que cette nécessité devienne une vertu. Depuis, dégainer la cuillère en bois fait partie intégrante de mon quotidien. Je suis un vrai gastronome et dévore tout, du sandwich sur le pouce au plat digne d’un restaurant étoilé. Seul bémol: je mange beaucoup trop vite.
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