
En coulisse
Ma vie en dix chansons
par Patrick Vogt

50 titres qui ont 50 ans, recommandés par un quinquagénaire. Vous pouvez en écouter dix directement dans cet article, et les autres sur la plateforme de streaming de votre choix.
Les années 70 sont ma décennie préférée en matière de musique. Elles étaient aussi dynamiques que les années 60, mais les enregistrements sont de bien meilleure qualité. J’aime le son de cette époque, je trouve qu’on entend bien que la musique a été produite pour des chaînes hi-fi et non pour les haut-parleurs de téléphones portables ou les boombox, mais c’est peut-être aussi parce que je suis moi-même un enfant des années 70. Je suis né la même année que les 50 morceaux suivants, qui fêtent leurs 50 ans cette année.
Il n’a pas été difficile de rassembler ces morceaux, le plus dur a été de réduire la liste. Des noms connus comme Paul McCartney, Genesis (avec Phil Collins au chant pour la première fois) ou The Supremes ont été écartés. Comme toujours avec ce genre de listes, le choix est purement subjectif.
« Hotel California » est sans doute aujourd’hui la chanson la plus connue de cette liste, pourtant, elle n’apparaît nulle part dans les classements de 1976. Cela s’explique par le fait que le single n’est sorti qu’au début de l’année 1977. L’album du même nom était toutefois déjà paru l’année précédente. Cette chanson longue et lente laisse une impression durable, notamment grâce à son solo de guitare entraînant. Les paroles laissent une grande place à l’interprétation, en particulier la conclusion : « You can check out any time you like, but you can never leave. » (Ce qui veut dire « Tu peux partir quand tu veux, mais tu ne pourras jamais t’en aller. »)
Une grande partie des titres qui ont fait leur entrée dans les charts en 1976 relevaient du « soft rock » voire de la « soft pop » : Chicago avec « If You Leave Me Now », Elton John et Kiki Dee avec « Don’t Go Breaking My Heart » ou encore les Bee Gees avec « Love So Right ». Mon groupe préféré dans le genre soft rock, ce sont les Doobie Brothers. « It Keeps You Runnin’ » surprend par ses sons de type chiptune. Beaucoup connaissent sans doute cette chanson grâce au film Forrest Gump de 1994.
En 1976, le rock s’était pour ainsi dire épuisé. Il était devenu de plus en plus sophistiqué, raffiné et cultivé. C’était sans doute nécessaire pour qu’il soit pris au sérieux en tant que forme d’art, mais le rock a ainsi perdu sa force brute et sauvage, et donc précisément ce qui le rendait si fascinant à l’origine.
Le besoin de bruit sauvage a rapidement été comblé par de nouveaux protagonistes. D’une part, par le punk naissant, en 1976, par exemple, avec « Blitzkrieg Bop » des Ramones, d’autre part, par AC/DC, qui a sorti son premier album hors d’Australie en 1976. Au départ, AC/DC était parfois classé dans la catégorie punk. Cela peut paraître absurde, mais les gars de Down Under avaient un son aussi fort, sauvage et brut que le punk de l’époque.
Sur le plan stylistique, cela n’avait rien à voir avec le punk. AC/DC s’inscrivait plutôt dans la lignée des racines du rock’n’roll : le blues. Continuer sans relâche est devenu plus tard la marque de fabrique du groupe. Il y avait d’ailleurs déjà une chanson à ce sujet en 1976 : « Ride On ».
La deuxième grande tendance musicale de 1976, outre le soft rock, était le disco. « Daddy Cool » de Boney M. était un tube disco classique. « Play That Funky Music » de Wild Cherry s’orientait davantage vers le funk-rock, mais a tout de même profité de l’engouement pour le disco. Il en allait de même pour « Dancing Queen » d’ABBA et « Love Hangover » de Diana Ross, qui était en réalité trop lent pour un morceau disco. Tout était acceptable tant qu’il y avait des influences funk-disco. Même une version funk remixée de la Cinquième Symphonie de Beethoven a fait son apparition dans les classements.
Herbie Hancock, pianiste de jazz de formation, s’est fortement inspiré du disco et du funk à partir de 1974. Il a même réussi à se hisser dans les classements avec certains morceaux, ce qui est très inhabituel pour un jazzman et s’est ainsi attiré le mépris des puristes du jazz. En bref : il a tout fait comme il fallait !
Voici encore un morceau purement instrumental. « Europa » de Santana se compose principalement de solos de guitare, ce que même moi, en tant que guitariste, je trouve généralement ennuyeux. Mais quand on joue comme Carlos Santana, on a le droit de se le permettre.
Malheureusement, il n’est pas si facile de mettre en avant des artistes féminines dans le monde de la musique de 1976, dominé par les hommes. Dans le cas de Joni Mitchell, je n’ai toutefois pas à me demander si elle a sa place dans cette liste, mais seulement avec quelle chanson. J’apprécie beaucoup l’intégralité de son album Hejira. Le son unique des guitares résulte du fait que Joni Mitchell utilise une multitude d’accordages qu’elle a elle-même inventés et qui sont nés d’une nécessité, car les doigts de sa main gauche étaient affaiblis par une poliomyélite.
Vous trouviez Joni Mitchell trop mélancolique ? Ça ne devrait pas être le cas avec « I Wish » de Stevie Wonder. Même si les paroles jettent un regard un peu nostalgique sur l’enfance : « I wish those days could come back once more. Why did those days ever have to go ? » Je me pose la même question quand je compare la musique d’hier à celle d’aujourd’hui.
Je ne veux même pas me creuser la tête pour savoir quelle étiquette stylistique convient à Stevie Wonder. Je préfère plutôt ressortir ce cliché selon lequel il n’y a que deux sortes de musique : la bonne et la mauvaise. Cette chanson appartient à la première catégorie.
L’un des moments forts incontestables de 1976 est l’hymne de Queen « Somebody To Love », tiré de l’album A Day At The Races, sans aucun doute l’une des meilleures chansons du groupe. Elle est encore meilleure lorsque Freddie Mercury est au sommet de sa forme sur scène. C’était incroyable !
Bien sûr, en 1976, les rockeurs purs et durs étaient toujours là. L’album « Presence » n’est pas le meilleur de Led Zeppelin (il a été enregistré en seulement trois semaines, avec un Robert Plant blessé, en fauteuil roulant), mais le groupe est resté fidèle à lui-même. La réinterprétation du classique du blues « Nobody’s Fault But Mine » possède tout ce qui fait la qualité de nombreuses chansons de Led Zeppelin : une intro hypnotisante, des riffs percutants, et à la batterie, l’incomparable John Bonham qui met le feu.
Rod Stewart en a ensuite fait une reprise à succès, mais je préfère de loin l’original. Je n’arrive pas à croire qu’il ai pu, avec son brushing parfait et sa voix de chaton, incarner ce clochard désespéré.
Bien avant d’avoir terminé la liste, je savais qu’elle devait se terminer par cette chanson. Elle est si intense sur le plan émotionnel que tout ce qui viendrait après ne serait que morne et insipide.
Vous pouvez importer la liste de mes 50 chansons de 1976 en un seul clic vers la plateforme de streaming de votre choix.
Comme Tom Waits laisse place au silence, c’est 4’33 de John Cage qui suit. Ce morceau n’est composé que de silence et ne compte donc pas. Viennent ensuite les dix chansons mentionnées plus haut dans le texte, mais qui ne sont pas disponibles à l’écoute. Les 30 autres sont des recommandations sans ordre particulier.
Bonne écoute ! N’hésitez pas à ajouter vos suggestions dans les commentaires.
Mon intéret pour l'informatique et l'écriture m'a mené relativement tôt (2000) au journalisme technique. Comment utiliser la technologie sans se faire soi-même utiliser m'intéresse. Dans mon temps libre, j'aime faire de la musique où je compense mon talent moyen avec une passion immense.
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