
Point de vue
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par Rainer Etzweiler

Il y a des gens qui changent de jeu comme de chemise. Et puis il y a ceux qui, comme moi, entretiennent des relations longues avec leurs jeux vidéo préférés. « Stardew Valley » est ma plus longue histoire d’amour, nous cumulons dix années et plus de 1000 heures de jeu ensemble.
Le jeu de rôle de simulation de vie à la campagne Stardew Valley fête ses dix ans le 26 février. Au départ, simple projet passion du développeur Eric Barone, également connu sous le pseudo Concerned Ape, Stardew Valley est aujourd’hui l’un des plus grands succès du jeu vidéo. Depuis sa sortie d’abord uniquement sur PC, le jeu s’est vendu à plus de 50 millions d’exemplaires. Il est désormais disponible sur la plupart des plateformes.
En tant que joueuse de la première heure, je lui ai consacré près de 1000 heures. Pourquoi reviens-je toujours à ce jeu ? Il est bien sûr tentant de s’évader dans un monde apparemment idyllique et de se détendre en accomplissant des tâches à la fois peu exigeantes et gratifiantes à la ferme, mais les jeux comme ça ne manquent pas. Qu’a Stardew Valley de plus que tous les autres ?
L’histoire de la création de Stardew Valley est unique en son genre : inspiré par le jeu Harvest Moon, Eric Barone a décidé de créer son propre jeu. Des mécanismes aux personnages, en passant par la musique, il a lui-même conçu tous les éléments de Stardew Valley jusqu’au dernier. Pendant la longue et souvent difficile période de création, il vivait avec sa compagne, qui cumulait deux emplois (en anglais) pour les faire vivre. Il n’a jamais renoncé à sa vision et a écrit un véritable conte de fées au succès que l’on connaît aujourd’hui.

Son dévouement est perceptible dans le moindre pixel de Stardew Valley et a probablement contribué à bâtir une communauté solide et tout aussi dévouée. Cette dernière occupe une place importante dans son cœur et, même après toutes ces années, Eric ajoute toujours du contenu gratuit à son jeu.
Il s’est depuis entouré d’une équipe afin de pouvoir se concentrer sur le développement de son nouveau jeu Haunted Chocolatier. Il reste cependant impliqué dans le développement de toutes les nouvelles mises à jour de Stardew Valley. Tout récemment, E. Barone a annoncé (en anglais) la nouvelle mise à jour 1.7 dans une interview fleuve avec IGN. En outre, deux nouveaux personnages célibataires seront révélés le jour du dixième anniversaire et ajoutés avec la mise à jour. Les spéculations vont bon train sur Internet.
Eric Barone voit également les projets de fans et les nombreux mods produits par la communauté d’un œil favorable. Un des mods les plus connus est sans doute « Stardew Valley Extended (SVE) », qui comprend deux nouvelles cartes de ferme, de nombreuses nouvelles zones, des objets, des cinématiques et des personnages supplémentaires. En tant que puriste, je me suis longtemps refusée à jouer à autre chose que le jeu de base, mais à l’automne dernier, la curiosité a pris le dessus et j’ai lancé une partie de SVE. Je dois maintenant admettre que je ne pourrais plus revenir au jeu de base.

L’attrait évident de ce type de jeux de simulation réside dans la possibilité de se plonger dans un monde fictif et d’y mettre en pratique notre vision idéalisée d’une vie simple à la campagne. Or, Stardew Valley est bien plus qu’une simulation d’agriculture dans laquelle vous cultivez quelques plants, coupez des arbres et caressez des animaux. Derrière les jolis graphismes pixelisés se cache une profondeur de contenu qui distingue le jeu des autres jeux cosy stardewlike.
En effet, l’une des mécaniques principales du jeu ne consiste pas à augmenter la productivité, mais à nouer des relations amicales avec les PNJ. Chaque personnage de Pélican Ville, là où se situe ma ferme, est doté de sa propre personnalité, d’un vécu et de soucis personnels qui se manifestent au fur et à mesure de la progression de la relation. Pour améliorer vos relations avec les personnages, vous pouvez par exemple leur offrir leurs objets favoris ou les aider dans les quêtes qu’iels vous confient. Les personnages s’ouvrent à vous à mesure que vos relations progressent. Cela donne aux PNJ un comportement dynamique et une profondeur de caractère.
Le rejet de Shane cache ainsi une personne en proie à la dépression, qui noie ses soucis dans l’alcool et lutte contre les idées suicidaires. Le jeu nous pousse à creuser plus loin que la surface.

Pour moi, la profondeur des personnages est un facteur clé de Stardew Valley et contribue à son unicité, car il ne s’agit pas uniquement de s’occuper d’une ferme et de maximiser les profits, bien qu’on puisse tout à fait jouer de cette manière. Le jeu nous pousse à creuser et à ne pas nous fier à la première impression lors de nouvelles rencontres. Le jeu transmet un message intemporel toujours d’actualité même après dix ans, à savoir la valeur de la communauté, de l’empathie et de l’entraide.
La complexité de Stardew Valley ne se limite toutefois pas à ses personnages. La petite localité rurale de Pélican Ville est touchée par la précarité économique, plusieurs de ses habitants évoquent leurs soucis d’argent et le chômage. L’épicerie du village de Pierre peine ainsi à joindre les deux bouts depuis que la chaîne Joja Mart a ouvert sa filiale. Le service de bus est à l’arrêt et depuis, Pam, la conductrice, est au chômage et noie ses soucis au saloon. Quant à Jodi, elle évoque qu’elle aimerait cuisiner plus sainement pour ses enfants, mais ne peut s’offrir que les produits bon marché du magasin discount Joja Mart.

Aujourd’hui endormie, Pélican Ville exploitait autrefois une mine désormais fermée, le parallèle avec la précarité des zones rurales états-uniennes et le déclin industriel semble évident.
Dès l’intro, la tension entre la ville et campagne est posée : le personnage principal quitte son emploi de bureau sans âme dans une grande entreprise en ville pour s’installer à Pélican Ville et réhabiliter la ferme délabrée de son grand-père décédé. Le jeu prend donc le contre-courant de l’exode rural et prône le retour aux sources. Zuzu Ville revient sans cesse comme point de comparaison et le jeune informaticien Sebastian rêve même d’y déménager.

En tant que joueuse, je suis régulièrement confrontée à des choix opposant rural et urbain ou personnalisé et anonyme. Vais-je contribuer à la reconstruction du centre communautaire local, conduisant finalement à la disparition du magasin Joja Mart ? Ou investir dans une adhésion à ce dernier-, ce qui nuirait considérablement à l’épicerie du village ?
Le monde de Stardew Valley n’est idyllique qu’en apparence. En y regardant de plus près, on découvre vite que sa coque parfaite est fissurée.

C’est justement là que réside pour moi le charme de Stardew Valley : il trouve le juste équilibre entre une évasion bienfaisante et des personnages authentiques. Les sentiments humains de solitude, de pression de la performance ou de peur de l’avenir sont subtilement tissés dans le monde.
Pélican Ville est loin d’être aussi parfaite et harmonieuse qu’il n’y paraît et c’est justement ce qui rend le monde de Stardew Valley intéressant et vivant, car dans la vraie vie non plus, rien n’est parfait. Certains jours, je choisis pourtant de faire abstraction de tout cela et je me plonge dans un monde familier où je peux simplement caresser la toison moelleuse de mon mouton.

Je tricote depuis 14 ans et j’adore faire des expériences avec les fibres et les couleurs. Quand je ne travaille pas la laine, je jardine ou je m’adonne à mon autre grande passion : lire et écrire sur l’histoire (de l’art) de la Chine. Vous trouverez mes projets de tricot sur Ravelry sous Julia-knitsalot.
Vous lirez ici une opinion subjective de la rédaction. Elle ne reflète pas nécessairement la position de l’entreprise.
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